Elle...
Qui etait la plus belle, la plus douce,
Qui prenait tant de place,
qui etait comme ma terre.
Ma mère paysage, partout, mon univers.
J'aimais sa peau, son chaud,
ses cheveux doux,
ses habits magnifiques, ses habits de marquise.
Il n'y avait qu'une femme, dans ma vie, sur ma terre,
et c'était elle.
Il n'y avait qu'une mère aussi belle :
et c'était la mienne.
Ma Maman.
Chérie.
Mere parfaite.
Absolue.
Toute savante,
et si bonne confidente.
Maintenant ne peut rien.
Maintenant ne sais rien.
A elle maintenant, je ne raconte plus rien.
Mère généreuse, rassasieuse.
Mère confidente, consolante, rassurante.
Mère chaude, salée, sucrée.
Ma mère du dîner.
Est devenue une empoisonneuse.
Une mère de viande et de légumes,
de plats trop cuisinés, trop sains,
trop bons pour la santé.
Je n'aime plus ses crèmes,
ses potages, ses rotis.
Maintenant je 'naime plus manger que le gouter.
Mère soignante, gérissante, bienfaisante,
aux mains fraiches, aux potions magiques, aux paroles apaisantes.
Qui ne sait pas, qui ne sait plus quand j'ai mal,
que j'ai mal.
Et n'essaie pas de soigner ma nouvelle maladie,
celle qui fait saigner,changer, grandir
celle qui me fait crier, pleurer et la maudire.
Mère du bain, des draps propres,
des fleurs fraiches.
Magicienne de vie.
Maitresse de maison.
Devenue sorcière de poison !
Elle chantait et sa voix berçait mes rêves.
Elle racontait des heures et m'offrait
le monde.
Je ne l'écoute plus.
Ses mots sont trop vieux.
Sa voix vient de trop loin.
C'est pas ma vérité.
Elle arretait les disputes,
apaisait les rancunes
et effaçait les larmes.
Mais maintenant avec elle les disputes,
contre elle les rancunes,
à cause d'elle les larmes.
Elle expliquait les devoirs et leçons,
apprivoisait l'école et calmait les maitraisses.
Elle savait tant,
elle savait tout.
Mais ne comprend plus rien,
n'a jamais rien compris !
Elle pense comme tout les autres.
Son monde est tout petit,
son monde n'existe pas.
L'indispenssable,
m'est devenue
inutile.
Ma mère ne sert à rien,
qu'à gronder, à punir,
à raler, à maudir,
et à tout interdir.
Mère aimante,
devenue repoussante.
Mère chaude
s'est peu à peu
glacée.
Avant Maman m'aimait,
et moi j'aimais Maman.
Désaprésent,
l'amour a disparu :
nous sommes des étrangères.